Interview de Lamine Gharbi, Président de la FHP
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Sur le papier, l’idée est excellente – surtout pour un petit pays comme le Salvador, sans ressources et au système de santé à l’agonie. L’idée en question ? Offrir aux habitants une application gratuite avec un service de téléconsultation médicale 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 qui peut trier les patients par ordre de priorité, suggérer des diagnostics et recommander des traitements.
Et ça marche ! Lancé en novembre dernier, « DoctorSV » (c’est son nom) a été adopté par plus d’un million de Salvadoriens sur 6 millions d’habitants et effectué un million et demi de consultations avec une « précision diagnostique de 93% » assure son directeur. Ah ! J’allais oublier : le directeur c’est Guy Nae, responsable de Google Cloud pour l’Amérique latine. Car ce n’est pas l’État, mais Google qui gère en totalité cette application. Avec à la clé un contrat de 500 millions de dollars sur sept ans pour numériser l’ensemble des services publics, et en priorité le champ de la santé.
Étape supplémentaire, il y a un mois le Président salvadorien Bukele a annoncé que, désormais, le suivi de l’ensemble des maladies chroniques serait exclusivement assuré par Gemini, l’IA de Google. Diabète, insuffisance rénale, hypertension et autres : les médecins n’auront plus la main, ce sera à Gemini de demander de nouvelles analyses, d’ajuster les traitements et d’en faire le rappel automatique aux patients.
Pour justifier cet abandon de souveraineté, les autorités avancent pêle-mêle la pénurie de professionnels, la faiblesse des infrastructures et le manque de moyens budgétaires. Des arguments d’un cynisme absolu, quand on sait que ce même gouvernement a licencié en 2024 près de 8 000 employés de centres de santé sous prétexte de restructuration et que l’année dernière, le budget du ministère de la Santé a été amputé de 90 millions de dollars. Quant aux médicaments et matériel disponibles, le désastre est tel que la moitié des spécialistes ont quitté le service public.
Gemini, la filiale de Google, parviendra-t-elle à pallier ces faiblissements structurelles ? Rien n’est moins sûr. Aucune étude n’a à ce jour validé l’efficacité de l’IA pour les maladies chroniques, rappelle dans une interview au journal Le Monde Effy Vayena, professeure de bioéthique à l’école polytechnique de Zurich. Autant dire que l’annonce triomphale des « 93% » de précision faite par Guy Nae doit être prise avec prudence.
Au-delà de l’utilité éventuelle de Gemini qui reste à démontrer, la décision du Président Bukele ne brille pas par sa transparence. Depuis 2020, toutes les données de santé publique sont soumises au secret d’État. Impossible de connaitre le détail des contrats conclus entre l’administration et Google. Aucune information non plus sur les liens financiers et autres entre l’application « DoctorVS » et les laboratoires et pharmacies qui en sont partenaires.
Les professionnels de santé, les organisations syndicales comme le monde judiciaire s’en inquiètent. A qui appartiennent aujourd’hui les données de santé des citoyens salvadoriens ? Qui y a accès ? Pour quelles finalités ? Quid du secret médical ? Autres questions tout aussi légitimes : que se passerait-il en cas de piratage des données ? De panne informatique totale ? Ou de litige commercial, voire de rupture de contrat unilatérale de la part de Google ?
Dans les mains d’un gouvernement autoritaire, une telle privatisation de la santé publique pourrait sans difficultés devenir un outil de surveillance et de contrôle social. Or, dans le passé le Président Bukele a déjà joué les apprentis sorciers. En 2021, il a voulu abandonner la monnaie nationale pour lui préférer le bitcoin avant d’y renoncer. En décembre dernier, il a passé un accord avec Elon Musk pour accompagner les élèves en difficulté avec son IA Grok, dont on sait le manque de sérieux et de fiabilité.
Bref, celui qui s’est un jour autoproclamé « le dictateur le plus cool au monde » n’a pas encore construit « le meilleur système de santé au monde ».

Vincent Olivier
Président de Coopération Santé
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