Éditos

Grippe : à quand une vaccination obligatoire ?

Chaque année, à la sortie de l’hiver, la même question revient, lancinante : pourquoi les professionnels de santé sont-ils si peu nombreux à se protéger contre la grippe ? Un danger prévisible, récurrent, qui a tué plus de 17 000 personnes la saison derrière alors qu’il existe un vaccin sûr – qui plus est remboursé pour ces mêmes professionnels. Dans son dernier rapport sur la qualité des soins rendu public au début du mois, la Haute Autorité de Santé faisait ce triste constat : il n’y a sur le sujet « aucune amélioration notable » avec un taux de couverture « très en deçà des attentes », de 11% pour les agents de services hospitaliers à 36% pour les médecins et une moyenne de 20% à peine pour l’ensemble des professionnels.

Chaque année aussi, le même débat resurgit : puisque ni la gratuité ni les incitations ne suffisent pour améliorer ces chiffres désespérément insuffisants, ne faudrait-il pas en passer par une vaccination obligatoire ? C’était d’ailleurs l’objet d’une proposition de loi déposée en juillet dernier par l’ancienne ministre de la Santé Agnès Firmin Le Bodo. Outre le caractère imposé aux professionnels, cette proposition envisageait également à titre expérimental un remboursement pour toute la population dans trois régions pendant trois ans, remboursement financé en intégralité par une hausse des taxes sur le tabac.

Le gouvernement de l’époque, comme d’ailleurs tous ceux qui l’ont précédé, s’est bien gardé de donner suite à cette idée qui s’apparente pourtant à une forme de bon sens. Après tout, l’un des principes fondateurs du serment d’Hippocrate est bien primum non nocere. Or, « ne pas nuire », cela consiste aussi voire avant tout à ne pas faire courir un risque inutile à son patient.

D’où vient donc cette frilosité persistante des pouvoirs publics devant la perspective de rendre obligatoire la vaccination antigrippale ? Il y a d’abord une réticence tout hexagonale vis-à-vis des vaccins en général, et ce dans une partie non négligeable de la population. Rappelons que la France, pays de Pasteur, est aussi l’un des pays au monde les plus méfiants puisqu’une personne sur quatre affirme « douter de la sûreté » des vaccins. Il y a, ensuite, les ravages de la « Raoultmania » au moment de la crise du Covid 19, au point que 40% des sondés estimaient à tort que le vaccin avait été inutile aux personnes en bonne santé pendant la pandémie. Il y a, enfin, les (rares mais très médiatisées) démissions de quelques professionnels lorsque le vaccin contre le Covid 19 a été imposé dans les hôpitaux. Et la crainte de certains politiques que cette situation se reproduise si demain il en allait de même pour la grippe.

Cette menace, ce chantage disons le mot à la démission est d’autant plus surprenant que plusieurs vaccins sont obligatoires, et depuis des années, sans que les professionnels ne s’en offusquent. C’est le cas de ceux contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, l‘hépatite B, la coqueluche, la rougeole et l’infection à haemophilus influenzae.

Saisie de cette question en octobre dernier, la Haute Autorité de Santé devait rendre son avis avant la fin de l’année. J’espère, pour ma part et pour les raisons avancées plus haut, qu’elle se prononcera pour une obligation vaccinale antigrippale des professionnels de santé. Et qu’elle l’étendra à tous les salariés travaillant dans des structures collectives d’accueil des personnes âgées (EHPAD, soins de suite etc.). Avec peut-être, histoire de calmer les esprits, une porte de sortie pour les plus récalcitrants : vous refusez de protéger les plus fragiles ? C’est votre choix, votre « liberté individuelle » comme vous dites. Mais vous prenez vos responsabilités et vous devrez en assumer les conséquences. Et vous êtes officiellement averti qu’en cas de problème vous pourrez être poursuivi pour « mise en danger de la vie d’autrui »

« Libre », mais responsable de vos actes. Vous assumez ? Alors chiche ? …

Vincent Olivier
Président de Coopération Santé

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