Interview de Sophélia Picaud, directrice de cabinet et de la Communication d’Unicancer
Sophélia Picaud
Directrice de Cabinet et de la Communication d’Unicancer
1. Pouvez-vous nous présenter Unicancer et son rôle dans l’organisation de la cancérologie en France ?
Unicancer est à la fois :
Un réseau de 20 établissements de santé privés à but non-lucratif, spécialisés en cancérologie : les 18 Centres de lutte contre le cancer (CLCC) et 2 membres affiliés (l’Institut du Cancer Avignon-Provence et l’Institut du Cancer de Polynésie Française). Les CLCC ont été créés par une ordonnance signée le 1er octobre 1945 par le Général de Gaulle qui les reconnait comme établissements de santé d’utilité publique exclusivement dédiés à la cancérologie, et leur confère quatre missions claires : prévention (« prophylaxie »), soins, recherche et enseignement.
Fondé sur l’excellence, le modèle des CLCC privilégie une approche globale et pluridisciplinaire des prises en charge, articulée autour d’un continuum soins-recherche.
Les CLCC prennent en charge plus de 550 000 patients chaque année.
A taille humaine, le modèle de gouvernance unique des CLCC repose sur un binôme médico-administratif, garantissant une complémentarité des approches et des compétences, permettant une réactivité dans la prise de décision, et favorisant l’adhésion des professionnels au projet d’établissement.
Une des 5 fédérations hospitalières françaises, qui, créée en 1964, en sa qualité de branche professionnelle, représente 25 500 salariés et négocie avec les partenaires sociaux. Depuis 2023, près de 26 accords sociaux ont été signés, portant sur des sujets majeurs tels que l’évolution des parcours professionnels, les travailleurs handicapés, l’égalité professionnelle, le télétravail. Les travaux relatifs à la négociation d’un accord de branche sur l’égalité professionnelle et la QVCT avec les partenaires sociaux ont également débuté.
Un acteur majeur de la recherche et le premier promoteur académique d’essais cliniques en oncologie à l’échelle européenne, avec un taux d’inclusion des patients dans les essais cliniques de 16 %, contre 8,5 % en moyenne en France. En 2023, plus de 4 000 essais cliniques étaient promus par Unicancer et les CLCC. Unicancer est aussi historiquement engagé en matière de données de santé et d’intelligence artificielle, avec le développement de nombreux projets et programmes de recherche (ESME, ODH, CANTO…) pilotés par une direction dédiée.
Un Groupement de coopération sanitaire (GCS) de moyens qui regroupe plusieurs activités au bénéfice des CLCC, en particulier les achats, avec plus d’un milliard et demi d’euros d’achats mutualisés en 2025. Cette mutualisation représente un atout majeur pour garantir une recherche de pointe et assurer un accès aux dernières innovations pour les patients.
2. Quelles sont les valeurs qui structurent l’action d’Unicancer et comment se traduisent-elles concrètement dans vos missions au quotidien ?
L’excellence, la solidarité, l’humain et l’innovation structurent l’action d’Unicancer et des CLCC. Avec la volonté d’améliorer le parcours des patients en garantissant l’accès de tous les patients à une prise en charge d’excellence et à l’innovation sur tout le territoire, les Centres de lutte contre le cancer défendent un modèle humaniste, évolutif et souple. Dans une logique d’excellence, ils proposent une approche globale et pluridisciplinaire sur tout le continuum de la recherche, de la prévention, du dépistage, et de l’après cancer. Engagés en matière de recherche clinique, translationnelle et sur les données de santé, ils poursuivent l’ambition d’optimiser et personnaliser les stratégies thérapeutiques.
3. Pourquoi Unicancer a-t-elle choisi d’adhérer à Coopération Santé ?
Qu’y trouvez-vous en termes de réflexion, de dialogue et de coopération entre acteurs ?
L’organisation des soins et des filières sur le territoire est une priorité de l’action d’Unicancer et des Centres de lutte contre le cancer (CLCC). Répartis sur l’ensemble des territoires, les CLCC œuvrent au maillage des territoires, à l’organisation de filières de soins, et à la gradation des soins dans le cadre des projets régionaux de Santé en étroite coopération avec l’ensemble des acteurs régionaux, établissements, GHT, professionnels de villes, réseaux, et sous l’égide des ARS pour déployer des projets innovants. Engagés dans l’amélioration de la prise en charge et de l’organisation des soins, Unicancer et les CLCC ont lancé de multiples expérimentations visant à mettre en œuvre de nouveaux modèles d’organisation de la prise en charge des patients atteints de cancer et reposant sur une coordination ville-hôpital renforcée.
Le pilotage des réformes nécessite plus que jamais l’engagement de concertations approfondies avec l’ensemble des acteurs de l’écosystème de santé et la définition d’objectifs de santé partagés. La diversité des acteurs engagés au sein de Coopération Santé offre un cadre propice à la définition de ces objectifs, et à l’identification de pistes de réforme communes et concertées.
4. En retour, quelle contribution Unicancer souhaite-t-elle apporter aux travaux portés par Coopération Santé ?
En tant que membre du Comité d’Orientation, Unicancer contribue à la des priorités de Coopération santé et à la construction des évènements du réseau. Nous sommes engagés au sein des groupes de travail, sommes membre du comité d’organisation des États généraux de la santé, et participons aux soirées‑débats qui nourrissent la réflexion collective.
À travers cet engagement, Unicancer met au service du collectif son expertise des parcours de soins en cancérologie, de la prévention, des questions d’accès à l’innovation et de recherche, afin de faire émerger des recommandations partagées avec l’ensemble des acteurs du système de santé.
5. Vous avez participé aux 11ᵉ rencontres de la santé de Nice, consacrées à la pertinence des soins. Pourquoi ce sujet vous paraît-il aujourd’hui incontournable pour l’évolution de notre système de santé ?
Pour améliorer l’efficience du système hospitalier Unicancer souscrit à la nécessité de considérer la pertinence des soins comme boussole des réformes à venir. Nous avons à ce titre formulé plusieurs propositions :
En premier lieu, Unicancer encourage l’adoption d’une loi de programmation pluriannuelle en santé, permettant d’engager des actions d’efficience à long-terme, parmi lesquelles le développement de la recherche clinique et de l’innovation thérapeutique, le déploiement d’actions de prévention personnalisée, la mise en œuvre de démarches de pertinence (désescalade thérapeutique, adaptation des traitements), la structuration des parcours complexes à l’échelle territoriale.
A l’heure où 40% des cancers demeurent évitables, Unicancer encourage un changement de paradigme en faveur du développement et la mise en œuvre systématique d’actions de prévention ciblées, individualisées et fondées sur les facteurs de risque individuels, adossées à une logique “d’aller-vers” les populations éloignées du système de soins, et appuyées par l’exploitation des opportunités offertes par les outils numériques et l’exploitation des données de santé.
Unicancer soutient aussi la mise en œuvre d’une véritable réforme des modèles de financements fondée sur la qualité et la pertinence. Nous observons en effet un décalage entre le modèle de financement des établissements de santé, fondé principalement sur l’activité, et les incitations nécessaires pour améliorer la qualité et la pertinence des soins, indispensables pour répondre efficacement aux enjeux de santé publique. Rappelons que les incitations à la qualité demeurent à ce jour marginales, ne représentant que 0,4% du montant de l’ONDAM
Unicancer soutient également l’expérimentation de nouvelles formes d’organisation innovantes fondées sur une coopération ville-hôpital renforcée permettant d’améliorer la prise en charge des patients atteints de cancer. Les articles 51 représentent un levier essentiel pour soutenir le développement de ces innovations organisationnelles en santé. Il est toutefois essentiel de garantir leur passage à l’échelle en accompagnant la généralisation des projets les plus probants et robustes scientifiquement.
6. En cancérologie, comment la pertinence peut-elle devenir un levier concret d’amélioration de la qualité des soins et de l’efficience du système ?
La pertinence des soins consiste à délivrer le bon soin, au bon patient, par le bon professionnel et au bon moment. Elle s’impose aujourd’hui comme un levier majeur de transformation du système de santé, en particulier en cancérologie, dans un contexte de progression de l’incidence et de chronicisation de la maladie qui entraîne une évolution de la prise en charge vers la ville, tout ceci dans un contexte budgétaire qui nous oblige collectivement. Les enjeux sont nombreux : réduire les délais de prise en charge, réduire les actes inutiles, assurer une prise en charge conforme aux référentiels de bonnes pratiques, éviter les ruptures de parcours, tout en optimisant l’allocation des ressources.
Pour atteindre ces objectifs, Unicancer soutient l’élaboration avec l’ensemble des acteurs du système de santé d’indicateurs relatifs à la pertinence et à l’optimisation de l’offre de soins, tels que :
Conditionner le financement alloué aux établissements de santé et aux professionnels de ville au respect des délais de prise en charge ;
Intégrer précocement les soins palliatifs et les soins de support dans le parcours de soins des malades ;
Organiser systématiquement des réunions de concertation pluridisciplinaires avant le premier traitement et garantir l’adéquation des stratégies thérapeutiques avec les recommandations formulées ;
Recourir, et financer, les actes de biologie moléculaire et d’anatomocytopathologie du cancer pour guider les choix thérapeutiques ;
Améliorer la coordination des soins entre la ville et l’hôpital, en capitalisant sur les nouveaux métiers, les outils numériques et l’IA.
Sophélia Picaud Directrice de Cabinet et de la Communication d’Unicancer
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